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Journal Perspectives forêts

Dossier spécial :

Épidémie de la tordeuse des bourgeons de l'épinette

Une épidémie de la tordeuse des bourgeons de l’épinette est actuellement en cours dans la région du Bas-Saint-Laurent. Le Syndicat suit l’évolution des populations de la tordeuse de près au sein de la forêt privée.
 

Évolution de la situation

La Direction de la protection des forêts (DPF) du ministère des Ressources naturelles et des Forêts (MRNF) effectue annuellement un relevé aérien des dommages causés par la tordeuse des bourgeons de l’épinette (TBE). Le relevé permet notamment d’évaluer l’étendue et l’intensité des dommages depuis le début de l’épidémie dans la région, en 2012. Le relevé permet aussi d’ajuster les stratégies d’aménagement et d’orienter les priorités de récolte des peuplements affectés.

Progression des défoliations

En 2023, les superficies défoliées dans la région du Bas-Saint-Laurent en petite forêt privée ont très fortement régressé. D’après le relevé aérien, seulement 24 749 hectares ont fait l’objet de dommages par la TBE, soit 3% du territoire forestier. Ces superficies se trouvent surtout dans la partie ouest du territoire soit dans les MRC de Kamouraska et de Rivière-du-Loup.

Est-ce que cette baisse drastique signifie pour autant que l’épidémie est terminée dans la région? Il est pour le moment trop tôt pour faire une telle affirmation puisque l’épidémie s’est maintenue ou a pris de l’ampleur ailleurs au Québec. Cela est d’ailleurs le cas dans des secteurs limitrophes au Bas-Saint-Laurent tel qu’en Gaspésie, dans Charlevoix-Est et sur la Haute Côte-Nord. Aussi, la TBE est toujours présente en forêt publique principalement dans les MRC de Kamouraska et de Rivière-du-Loup. D’autre part, les relevés de populations de larves en dormance actuellement en cours de réalisation par la DPF et la SOPFIM permettront d’estimer la situation probable en 2024.

Néanmoins, il demeure que ce répit permet aux arbres de reconstituer leur feuillage pour éventuellement leur permettre de reprendre une croissance normale. L’Agence continue de suivre la situation de l’épidémie de TBE de près.

Par Martin Lepage, ing.f. Directeur des services forestiers à l’Agence régionale de mise en valeur des forêts privées du Bas-Saint-Laurent.

La Direction de la protection des forêts (DPF) du ministère des Ressources naturelles et des Forêts (MRNF) effectue annuellement un relevé aérien des dommages causés par la tordeuse des bourgeons de l’épinette (TBE). Le relevé permet notamment d’évaluer l’étendue et l’intensité des dommages depuis le début de l’épidémie dans la région, en 2012. Le relevé permet aussi d’ajuster les stratégies d’aménagement et d’orienter les priorités de récolte des peuplements affectés.

Progression des défoliations

Les superficies défoliées en 2022 en petite forêt privée ont diminué significativement par rapport à l’an dernier. La diminution est plus marquée dans l’est de la région. Autre élément important, les défoliations relevées sont presqu’exclusivement légères. Ce constat de diminution des superficies affectées et du niveau de dommages, prévaut pour l’ensemble du territoire forestier de la région autant en forêt privée que publique.

De façon chiffrée, les superficies identifiées au relevé aérien comme étant affectées par la TBE en petite forêt privée sont passées de 516 915 hectares en 2021 à 338 526 hectares en 2022 soit une diminution de près de 35%. Au-delà de ces constats, nous avons également observé que l’intensité générale des dommages qualifiés de « légers » était beaucoup plus faible cette année comparativement aux années précédentes.

Vous avez probablement aussi constaté dans votre boisé que la majorité des sapins et des épinettes avait repris de la vigueur et que les nouvelles pousses ne semblaient pas avoir fait l’objet de défoliation cette année. Il s’agit d’un constat assez généralisé à l’échelle régionale. Divers facteurs peuvent entrer en ligne de compte pour expliquer cette évolution. Il est cependant difficile de les isoler et d’en comprendre les effets respectifs. Néanmoins, il semble que les pluies abondantes et le temps frais qui a prévalu en juin dernier ont été défavorables pour le développement de la TBE. Aussi, les relevés de populations de larves en dormance réalisés à l’automne 2021 par la SOPFIM laissaient présager des niveaux d’infestations moins important en 2022.

Lorsque l’on regarde l’évolution des superficies totales défoliées depuis le début de l’épidémie en 2012, on constate qu’il y a eu une progression fulgurante entre 2012 et 2015, ensuite une relative constance de 2015 à 2019 et une nouvelle progression entre 2019 et 2021. L’année 2022 est donc la première année depuis le début de l’épidémie où les superficies affectées sont en baisse marquée. Le graphique illustre ces tendances par la superficie totale défoliée, soit la ligne grise. Le graphique montre aussi l’évolution de l’intensité des dommages en distinguant ceux qualifiés de « légers » en vert, de ceux qualifiés de « modérés ou sévères » en noir. On constate que l’intensité des dommages a été particulièrement élevée de 2013 à 2018. Les défoliations engendrées au cours de cette période sont essentiellement celles qui ont occasionné la majorité des superficies où une mortalité était observable. Toutefois, depuis 2019, les dommages répertoriés sont surtout légers. Bien que l’intensité des dommages soit beaucoup plus variable à l’échelle locale, il n’en demeure pas moins que d’un ordre général, l’état des arbres s’est amélioré ou maintenu et ce, particulièrement en 2022.

Est-ce la fin de cette épidémie?

Avec ces nouvelles encourageantes, vous devez être nombreux à vous demander si l’actuelle épidémie de TBE est maintenant derrière nous. Il est par contre encore trop tôt pour se prononcer de façon claire à cet effet. Plusieurs facteurs entrent en ligne de compte pour expliquer l’évolution des populations de TBE. À l’échelle provinciale, les superficies affectées sont globalement en diminution. Par contre, alors que les superficies affectées sur la Côte-Nord ont chuté drastiquement, elles ont augmenté significativement dans d’autres régions (Saguenay-Lac-St-Jean, Capitale-Nationale, Outaouais, Abitibi-Témiscamingue). Est-ce que la montée des populations dans ces régions aura une incidence dans nos forêts? Cela n’est pas impossible considérant que le déplacement des nuées de papillons de TBE est parfois grand.

Néanmoins, il est certain que le répit observé cette année est bénéfique aux arbres puisqu’ils ont été en mesure de reconstituer une bonne partie de leur masse foliaire laquelle capte l’énergie lumineuse. D’autre part, nous pouvons escompter que le peu de dommages observés cette année traduit un nombre limité de tordeuse à atteindre le stade adulte. Cela risque d’affecter négativement leur niveau de reproduction. Si tel est le cas, il est possible que la quantité actuelle de larve en dormance soit relativement basse. Une telle situation pourrait faire en sorte que les dommages causés par la TBE en 2023 seraient mineurs. Les relevés réalisés cet automne par la SOPFIM et par la DPF sur les niveaux des populations larvaires donneront une indication sommaire de la tendance appréhendée pour l’an prochain. En juillet prochain, nous aurons une meilleure idée de l’évolution de l’épidémie de la TBE puisque nous serons à même de constater de visu la présence et l’intensité des dommages.

Suivi de la défoliation dans les jeunes peuplements résineux

Afin de documenter l’état des plantations et des jeunes peuplements naturels par rapport à l’épidémie de TBE et d’orienter la prise de décision concernant l’aménagement de ces peuplements, un dispositif de suivi de la défoliation a été implanté à l’automne 2016 dans la région. Chaque année, nous réalisons un suivi du dispositif par une collecte de données sur le terrain, lesquelles sont ensuite compilées afin de dégager les constats.

Les données préliminaires que nous avons recueillies dernièrement indiquent que les dommages observés cette année ont été très bas. En fait, les plus bas depuis l’établissement du dispositif en 2016. La défoliation moyenne occasionnée par la TBE sur les nouvelles pousses de l’année est d’environ 5% seulement. Pour imager cela, sur la plupart des arbres échantillonnés, nous avons été en mesure de déceler des traces de présence laissées par la TBE (quelques aiguilles manquantes ici et là), mais sans défoliation significative. Cela veut dire que les défoliations qualifiées de « légères » au relevé aérien sont probablement à la limite d’être détectées par ce relevé.

En comparaison, ces dernières années, nous avions observé dans notre dispositif une défoliation annuelle de l’ordre de 15 à 40% globalement et parfois beaucoup plus en considérant seulement le sapin.

Parmi les données recueillies, nous dressons aussi l’état général de chaque arbre, à savoir la proportion masse foliaire que l’arbre possède par rapport à son état normal sans l’effet de la TBE. Ce paramètre est nommé « défoliation cumulative ». Il nous donne une idée de l’état de santé de l’arbre en lien avec les dommages causés par la TBE et nous permet ainsi d’estimer les chances de survie ou encore le temps disponible pour récupérer le bois lorsque les arbres sont significativement affectés. Les données préliminaires nous indiquent que l’état général des arbres s’est nettement amélioré et que les arbres ont effectivement reconstitué une partie de leur masse foliaire cette année. À ce titre, la défoliation cumulative moyenne observée cette année est d’environ 16% alors que, l’an dernier, elle était de 25% dans l’ensemble du dispositif. Cela fait en sorte que l’on puisse espérer que de nombreux peuplements passeront à travers l’épidémie même s’ils ont été grandement affectés à certains moments.

Suivi des pulvérisations contre la TBE en forêt privée au BSL

Depuis 2018, la SOPFIM déploie un programme de pulvérisation visant à protéger contre la TBE des peuplements ayant fait l’objet d’investissements sylvicoles. Il s’agit de peuplements résineux, vulnérables et non matures. À l’échelle provinciale, les pulvérisations réalisées en petite forêt privée demeurent majoritairement au Bas-Saint-Laurent, soit environ 80 à 85% des surfaces protégées. Dans notre région, les superficies protégées ont été d’environ 10 700 hectares en 2018, 7 700 hectares en 2019, 14 300 hectares en 2020, 19 500 hectares en 2021 et 10 500 ha en 2022. Il faut garder à l’esprit que les surfaces admissibles à la protection ne sont pas systématiquement pulvérisées à chaque année et ce, en lien avec le niveau d’infestation anticipé. À ce titre, la forte diminution de superficie protégée en 2022 est justement attribuable au fait que la densité des larves était généralement sous les seuils pour justifier le besoin de pulvériser. De plus, parmi les superficies protégées en 2022, un total de 4 079 ha l’a été pour une première fois. Ces superficies sont principalement retrouvées dans l’ouest du territoire.

Au global, il y a environ 27 100 hectares qui ont bénéficié de protection depuis le printemps 2018. Les secteurs protégés sont essentiellement des plantations à dominance d’épinette blanche ou d’épinette de Norvège (80% des surfaces), de même que des secteurs d’origine naturelle à dominance de sapin ou d’épinette (20% des surfaces).

D’autre part, rappelons que les peuplements doivent répondre à plusieurs critères pour être admissibles à la protection. Les peuplements admissibles sont non matures, à dominance d’essences vulnérables (sapin, épinette blanche et épinette de Norvège) et ont une superficie supérieure à 4 hectares. De plus, ils doivent avoir fait l’objet d’investissement sylvicole (principalement de l’éclaircie précommerciale ou commerciale ou encore d’origine de plantation) Aussi, les peuplements doivent avoir fait l’objet d’au moins une défoliation répertoriée au relevé aérien ces dernières années. Finalement, le propriétaire doit détenir un certificat de producteur forestier et avoir signé le protocole d’entente avec la SOPFIM.

Nous sommes toujours en attente d’une confirmation de reconduction du programme de pulvérisation en forêt privée pour les prochaines années. Les besoins en pulvérisation pour 2023 sont pour le moment inconnus. Il demeure que les superficies à pulvériser font l’objet d’un inventaire de densité de larves par la SOPFIM afin de déterminer le besoin de pulvériser. Les niveaux de population de TBE sont donc déterminants pour expliquer l’évolution des superficies qui seront traitées. Comme mentionné précédemment, il y a des chances que le peu de dommages observés cette année dans la région occasionne une diminution de la densité des larves pour 2023. Cela aurait pour effet potentiel de minimiser le recours aux pulvérisations.

Conclusion

En terminant, même si la TBE a fait peu de dommages au Bas-Saint-Laurent en 2022, il n’en demeure pas moins que plusieurs peuplements fortement affectés au cours des dernières années sont à récupérer sans tarder. D’autre part, la récolte préventive des peuplements matures ayant une proportion significative de sapin demeure une priorité d’action. À cet effet, nous vous suggérons fortement de vous référer à votre Conseiller forestier avant d’entreprendre des travaux de récolte sur votre propriété. Selon l’état de vos peuplements, votre Conseiller dispose d’un ensemble d’informations pour vous renseigner sur les choix à faire concernant les priorités de récolte sur votre propriété, ainsi que sur les diverses contraintes concernant la règlementation municipale.

Dans un autre ordre d’idées, depuis 9 ans déjà, des restrictions sur les travaux sylvicoles sont appliquées en lien avec l’épidémie de TBE pour ne pas fragiliser davantage les peuplements à risque. Nous espérons fortement que la régression de la TBE observée cette année se poursuive et permette ainsi de réaliser à nouveau les types de traitements sylvicoles qui ont été mis à l’arrêt. La manière dont l’épidémie évoluera en 2023 risque d’être déterminante sur la poursuite de l’application des restrictions.

Par Martin Lepage, ing.f. Directeur des services forestiers à l’Agence régionale de mise en valeur des forêts privées du Bas-Saint-Laurent.

La Direction de la protection des forêts du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) effectue annuellement un relevé aérien des dommages causés par la tordeuse des bourgeons de l’épinette (TBE). Le relevé permet notamment d’évaluer l’étendue et l’intensité des dommages depuis le début de l’épidémie dans la région, en 2012. Le relevé permet aussi d’ajuster les stratégies d’aménagement et d’orienter les priorités de récolte des peuplements affectés.

Progression des défoliations

Les superficies défoliées en 2021 en petite forêt privée ont augmenté significativement par rapport à l’an dernier. L’augmentation se situe essentiellement dans la portion ouest de la région. Au cours des deux dernières années, l’épidémie s’est propagée sur une bonne partie des forêts de l’ouest du territoire. Cela explique la progression des superficies affectées qui s’élèvent maintenant à environ 516 900 hectares par rapport à 406 500 hectares en 2020 et 337 800 hectares en 2019. Malgré cette augmentation de superficie on observe, tout comme l’an dernier, que la majeure partie des défoliations sont qualifiées de légères. D’ailleurs, la carte présentée plus bas montre les surfaces affectées sans distinction de la classe de défoliation puisque les secteurs ayant connus une défoliation modérée ou sévère ne représentent globalement que 9% des surfaces affectées. Plus à l’est et au sud, en forêt publique et sur le territoire de la seigneurie du Lac Métis, les défoliations sont beaucoup plus sévères.

Considérant que le niveau de détail du relevé aérien demeure grossier, il est normal d’observer à l’échelle locale une variabilité de l’intensité des dommages beaucoup plus grande que celle détectée au relevé aérien. Ainsi, il est possible que certains peuplements ne soient pas ou très peu affectés, tandis que d’autres le sont gravement ou modérément, et ce, à l’intérieur d’un grand secteur où le relevé aérien indique des défoliations légères.

Progression des superficies (ha) affectées en petite forêt privée

D’autre part, on constate que le portrait de l’épidémie est complètement différent dans la moitié Ouest de la région par rapport à la moitié Est de la région. Le graphique suivant montre cette situation. Pour la partie Ouest (barres vertes dans le graphique), laquelle concerne les MRC de Kamouraska, Témiscouata, Rivière-du-Loup et des Basques, l’épidémie avait progressé rapidement en 2015, puis modérément en 2016 et en 2017, tandis qu’elle a été en forte diminution en 2018 et en 2019. Cependant, depuis 2020, les superficies affectées sont en forte augmentation. Elles ont atteint près de 185 000 hectares en 2021 soit dix fois plus qu’en 2019. Bien que la majorité des défoliations soient qualifiées de « légères », certains secteurs ont été affectés de façon plus sévère et répétée depuis quelques années. Il est donc possible d’observer des arbres en mortalité imminente à quelques endroits de façon relativement isolée.

Pour la partie Est (barres grises dans le graphique), laquelle concerne les MRC de Rimouski-Neigette, Mitis, Matanie et Matapédia, l’épidémie a connu une progression très rapide entre 2013 et 2016 de sorte qu’une majeure partie de ce territoire a déjà fait l’objet de défoliations parfois sporadiques, mais souvent de façon répétée. Depuis 2015, c’est essentiellement les mêmes superficies qui sont affectées. Le niveau de défoliation annuelle a été variable dans le temps et dans l’espace. Cela fait en sorte que l’accumulation de dommages et l’état de santé des arbres l’est tout autant. Ainsi, une mortalité est observable depuis un certain temps dans les secteurs affectés sévèrement de façon récurrente. Les peuplements en mortalité sont d’ailleurs plus nombreux dans les secteurs affectés fortement en 2021 soit principalement dans les municipalités de Saint-Jean-de-Cherbourg, Saint-Adelme et Grosses-Roches dans la MRC de la Matanie, de même que dans les environs de Lac-Humqui, Sainte-Irène et Sainte-Marguerite dans la MRC de la Matapédia. Autrement, une majorité de peuplements n’est pas à risque à court terme (1-2 ans) étant donné la variabilité dans la défoliation annuelle et le fait que les défoliations relevées depuis quelques années sont essentiellement légères. Cela laisse la chance aux arbres modérément affectés de reconstituer une partie de leur feuillage.

Comparaison des superficies défoliées entre l’Ouest et l’Est du Bas-Saint-Laurent

Suivi des dommages causés par la TBE

On constate que maintenant environ 79% des petites forêts privées ont déjà fait l’objet d’au moins une défoliation depuis le début de cette épidémie. Heureusement, ces superficies ne sont pas toutes à dominance de résineux vulnérables à la TBE. Le niveau de détail disponible par les relevés aériens demeure relativement grossier et ne permet pas de distinguer les types de peuplements du haut des airs d’où l’importance de croiser l’information des superficies affectées avec les informations cartographiques sur les types de peuplements. Cette analyse cartographique a permis de dresser un portrait cumulatif des défoliations observées tout en précisant la nature des surfaces détectées au relevé aérien selon le type de peuplement. Cet exercice permet notamment d’identifier les secteurs plus à risque de perte de bois, les secteurs admissibles à la protection par pulvérisation, de même que les secteurs généralement non vulnérables. Ces informations sont transmises aux Conseillers forestiers pour les aider à cibler les efforts de récolte prioritaire et les secteurs admissibles à la protection.

Ainsi, parmi l’ensemble des superficies identifiées comme étant affectées par la TBE au relevé aérien, on en retrouve :

  • Environ 30% est constitué de peuplements matures (50 ans et plus environ) dans lesquels il y a une proportion de sapin-épinettes située entre 25% et 100%. Il s’agit majoritairement de peuplements mixtes à dominance feuillue ou résineuse et, dans une moindre mesure, de peuplements de sapin-épinettes relativement purs. C’est dans cette catégorie de surface que les efforts de récolte se concentrent.
  • Environ 27% est constitué de peuplements résineux ou mixtes dominés par les résineux, mais non matures (âgés entre 10 et 40 ans surtout) dans lesquels la proportion de sapin-épinettes y est supérieure à 50%. Une partie de ces peuplements fait déjà, ou pourrait éventuellement faire, l’objet de protection par arrosage aérien. L’option de récolter un peuplement non mature ne doit survenir qu’en cas de mortalité imminente d’une bonne proportion des arbres. À cet effet, les Conseillers forestiers accrédités par l’Agence ont été informés, à l’automne 2017, des conditions justifiant la récolte d’un peuplement non mature. Cette orientation a pour but d’éviter les pertes de bois et aussi d’éviter de sacrifier le potentiel de récolte futur de la forêt privée. Elle s’appuie sur les risques de mortalité d’un peuplement à court et moyen terme en lien avec le niveau de dommages observés et la vigueur des arbres.
  • Environ 35% est constitué de peuplements peu affectés (érablières et autres peuplements feuillus de tout âges, mixtes à feuillus jeunes, cédrière). Ces peuplements ont une proportion de sapin-épinettes entre 0% et 25%, donc moins vulnérables à la TBE. Il n’en demeure pas moins qu’une mortalité pourrait survenir pour les sapins et épinettes retrouvés dans ces peuplements.
  • Environ 8% est constitué de peuplements dont la récolte est relativement récente. Ces récoltes sont survenues au cours des 15 dernières années et de façon plus marquée lors des 6 dernières années. Maintenant ces surfaces sont soit en régénération naturelle, reboisées, ou dont le reboisement est à venir.

Suivi des pulvérisations contre la TBE en forêt privée au BSL

Depuis 2018, la SOPFIM déploie un programme de pulvérisation visant à protéger contre la TBE des peuplements résineux, vulnérables et non matures. Les superficies protégées ont été d’environ 10 700 hectares en 2018, 7 700 hectares en 2019, 14 300 hectares en 2020 et 19 500 hectares en 2021. Parmi ces surfaces, certaines ont commencé à être pulvérisées seulement en 2019, 2020 ou en 2021. Aussi, les surfaces protégées ne sont pas systématiquement pulvérisées à chaque année dépendamment du niveau d’infestation. Au global, il y a environ 23 000 hectares qui ont bénéficié de protection depuis le printemps 2018. Les secteurs protégés sont essentiellement des plantations à dominance d’épinette blanche ou d’épinette de Norvège (80% des surfaces), de même que de secteurs d’origine naturelle à dominance de sapin ou d’épinette (20% des surfaces).

D’autre part, les peuplements doivent répondre à plusieurs critères pour être admissibles à la protection. À ce titre, les peuplements admissibles sont non matures, à dominance d’essences vulnérables (sapin, épinette blanche et épinette de Norvège) et ont une superficie supérieure à 4 hectares. De plus, ils doivent avoir fait l’objet d’investissement sylvicole (principalement de l’éclaircie précommerciale ou commerciale ou encore d’origine de plantation) Aussi, les peuplements doivent avoir fait l’objet d’au moins une défoliation répertoriée au relevé aérien ces dernières années (secteurs en vert sur la carte). Finalement, le propriétaire doit détenir un certificat de producteur forestier et avoir signé le protocole d’entente avec la SOPFIM. Si des superficies de ce type se trouvent sur vos boisés et que vous n’avez pas encore signé le protocole d’entente de la SOPFIM concernant l’accès à la protection par pulvérisation, vous pouvez contacter votre Conseiller forestier à cet effet. Ce dernier est mandaté par la SOPFIM pour faire signer le protocole d’entente avec le propriétaire. Les protocoles signés d’ici la fin juin 2022 pourront donner accès aux pulvérisations du printemps 2023 dans la mesure où les critères d’admissibilité sont respectés et que la protection est jugée nécessaire. Étant donné les délais nécessaires à la planification des pulvérisations, les nouvelles ententes ne donnent pas accès aux pulvérisations du printemps 2022.

Conclusion

En terminant, concernant la récolte de vos peuplements affectés ou non par la TBE, nous vous suggérons fortement de vous référer à votre Conseiller forestier avant d’entreprendre des travaux de récolte sur votre propriété. Selon l’état de vos peuplements, votre Conseiller dispose d’un ensemble d’informations pour vous renseigner sur les choix à faire concernant les priorités de récolte sur votre propriété, ainsi que sur les diverses contraintes en lien avec les règlementations municipales.

Par ailleurs, l’Agence poursuit la collecte d’informations terrain sur les dommages occasionnés par la TBE dans les peuplements résineux non matures. Cela nous permet de constater l’évolution de la situation et d’ajuster, au besoin, les orientations en matière d’aménagement forestier et de récupération de bois sujets à perte.

Ces dernières années, la progression de l’épidémie de TBE et la volonté d’augmenter l’activité économique générée en forêt privée ont amené les partenaires régionaux à se concerter sur les actions permettant d’augmenter la récolte en forêt privée. Cette augmentation de la récolte amène une hausse des besoins de remise en production et, du même coup, des besoins budgétaires pour réaliser ces travaux. Le plan d’intervention TBE, mis à jour par l’Agence à l’hiver 2019, a permis d’étayer ces besoins et d’en informer l’ensemble des partenaires de la forêt privée du Bas-Saint-Laurent. Ceux-ci poursuivent leurs efforts et leurs représentations afin d’obtenir des fonds permettant de remettre en production davantage de superficies affectées par la TBE.

Par Martin Lepage, ing.f. Directeur des services forestiers à l’Agence régionale de mise en valeur des forêts privées du Bas-Saint-Laurent.

La Direction de la protection des forêts du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) effectue  annuellement un relevé aérien des dommages causés par la tordeuse des bourgeons de l’épinette (TBE). Le relevé permet notamment d’évaluer l’étendue et l’intensité des dommages depuis le début de l’épidémie dans la région, en 2012. Le relevé permet aussi d’ajuster les stratégies d’aménagement et d’orienter les priorités de récolte des peuplements affectés.

Progression des défoliations


Les superficies défoliées en 2020 en petite forêt privée ont augmenté significativement par rapport à l’an dernier. L’augmentation se situe essentiellement dans la portion ouest du territoire ce qui explique que les superficies affectées s’élèvent à environ 406 500 hectares par rapport à 337 800 hectares en 2019. Malgré cette augmentation de superficie brute, on observe tout comme l’an dernier, que la majeure partie des défoliations sont légères. D’ailleurs, la carte présentée plus bas montre les surfaces affectées sans distinction de la classe de défoliation puisque les secteurs ayant connus une défoliation modérée ou sévère ne représentent respectivement que 9% et 2% des surfaces affectées. Plus à l’est, en forêt publique et sur les grandes forêts privées de Dunière et du Faribault, les défoliations sont beaucoup plus sévères.


Progression des superficies (ha) affectées en petite forêt privée

Pour ceux qui désirent visionner la carte des défoliations observées, la SOPFIM diffuse l’information sur son site web à l’adresse suivante :
https://sopfimweb.sopfim.qc.ca/portail/apps/opsdashboard/index.html# c942db3111e944ba0a4dbe6a62fda4c

De plus, cette carte donne des indications sur les niveaux de population de larves de TBE qui sont actuellement en dormance sur les arbres. Cette carte est mise à jour au fur et à la mesure que les données sont disponibles. D’autre part, on constate que le portrait de l’épidémie est complètement différent dans la moitié Ouest de la région par rapport à la moitié Est de la région. Le graphique suivant montre cette situation. Pour la partie  Ouest (barres vertes dans le graphique), laquelle concerne les MRC de Kamouraska, Témiscouata, Rivière-du-Loup et des Basques, l’épidémie avait progressé rapidement en 2015, puis modérément en 2016 et en 2017, tandis qu’elle a été en forte diminution en 2018 et en 2019. Cependant, les observations de cette année dénotent une forte augmentation des superficies affectées lesquelles atteignent 97 000 hectares soit cinq fois plus qu’en 2019. Bien que la majorité des défoliations soient qualifiées de « légères », certains secteurs ont été affectés de façon plus sévère et répétée depuis
quelques années. Il est donc possible d’observer des arbres en mortalité imminente à quelques endroits de façon relativement isolée.

Pour la partie Est (barres grises dans le graphique), laquelle concerne les MRC de Rimouski-Neigette, Mitis, Matanie et Matapédia, l’épidémie a connu une progression très rapide entre 2013 et 2016 de sorte qu’une majeure partie de ce territoire a déjà fait l’objet de défoliations parfois sporadiques, mais souvent de façon répétée. Depuis 2015, c’est essentiellement les mêmes superficies qui sont affectées. Le niveau de défoliation annuelle a été variable dans le temps et dans l’espace. Cela fait en sorte que l’accumulation de dommages et l’état de santé des arbres l’est tout autant. Ainsi, une mortalité est observable depuis un certain temps dans les secteurs affectés sévèrement de façon récurrente, tandis que d’un ordre général, une majorité de peuplements n’est pas à risque à court terme (1-2 ans) compte tenu de la variabilité dans la défoliation annuelle et particulièrement par le fait que les défoliations relevées en 2019 et en 2020 sont essentiellement légères ce qui laisse la chance aux arbres modérément affectés de reconstituer une partie de leur feuillage.

Suivi des dommages causés par la TBE


On constate que maintenant environ 67% des petites forêts privées ont déjà fait l’objet d’au moins une défoliation depuis le début de cette épidémie. Heureusement, ces superficies ne sont pas toutes à dominance de résineux vulnérables à la TBE. Le niveau de détail disponible par les relevés aériens demeure relativement grossier et ne permet pas de distinguer les types de peuplements du haut des airs d’où l’importance de croiser l’information des superficies affectées avec les informations cartographiques sur les types de peuplements. Cette analyse cartographique a permis de dresser un portrait cumulatif des défoliations observées tout en précisant la nature des surfaces détectées au relevé aérien selon le type de peuplement. Cet exercice permet notamment d’identifier les secteurs plus à risque de perte de bois, les secteurs admissibles à la protection par pulvérisation, de même que les secteurs généralement non vulnérables. Ces informations sont transmises aux Conseillers forestiers pour les aider à cibler les efforts de récolte prioritaire et les secteurs admissibles à la protection. Ainsi, parmi l’ensemble des superficies identifiées comme étant affectées par la TBE au relevé aérien, on en retrouve :


• Environ 31% constitué de peuplements matures (50 ans et plus environ) dans lesquels il y a une proportion de sapin-épinettes située entre 25% et 100%. Il s’agit majoritairement de peuplements mixtes à dominance feuillue ou résineuse et, dans une moindre mesure, de peuplements de sapin-épinettes relativement purs. C’est dans cette catégorie de surface que les efforts de récolte doivent se concentrer.

• Environ 26% constitué de peuplements résineux ou mixtes dominés par les résineux, mais non matures (âgés entre 10 et 40 ans surtout) dans lesquels la proportion de sapin-épinettes y est supérieure à 50%. Une partie de ces peuplements fait déjà, ou pourrait éventuellement faire, l’objet de protection par arrosage aérien. L’option de récolter un peuplement non mature ne doit survenir qu’en cas de mortalité imminente d’une bonne proportion des arbres. À cet effet, les Conseillers forestiers accrédités par l’Agence ont été informés, à l’automne 2017, des conditions justifiant la récolte d’un peuplement non mature. Cette orientation a pour but d’éviter les pertes de bois et aussi d’éviter de sacrifier le potentiel de récolte futur de la forêt privée. Elle s’appuie sur les risques de mortalité d’un peuplement à court et moyen terme en lien avec le niveau de dommages observés et la vigueur des arbres.

• Environ 33% constitué de peuplements peu affectés (érablières et autres peuplements feuillus de tout âges, mixtes à feuillus jeunes, cédrière). Ces peuplements ont une proportion de sapin-épinettes entre 0% et 25%, donc moins vulnérables à la TBE. Il n’en demeure pas moins qu’une mortalité pourrait survenir pour les sapins et épinettes retrouvés dans ces peuplements.

• Environ 10% constitué de peuplements dont la récolte est relativement récente. Ces récoltes sont survenues au cours des 15 dernières années et de façon plus marquée lors des 6 dernières années. Maintenant ces surfaces sont soit en régénération naturelle, reboisées, ou dont le reboisement est à venir.


Suivi des pulvérisations contre la TBE en forêt privée au BSL


Depuis 2018, la SOPFIM déploie un programme de pulvérisation visant à protéger contre la TBE des peuplements résineux, vulnérables et non matures. Les superficies protégées ont été d’environ 10 700 hectares en 2018, 7 700 hectares en 2019 et 14 300 hectares en 2020. Parmi ces surfaces, certaines ont commencé à être pulvérisées seulement en 2019 ou en 2020. Aussi, les surfaces protégées ne sont pas systématiquement pulvérisées à chaque année dépendamment du niveau d’infestation. Au global, il y a 19 145 hectares qui ont bénéficié de protection depuis le printemps 2018. Sur le lien suivant, vous pouvez consulter une carte préparée par la SOPFIM laquelle montre les secteurs prévus en pulvérisation en 2020. https://sopfim.qc.ca/wp-content/uploads/2020/06/CarteProgPFPTbe2020_20x36_Comm_BSL.pdf


D’autre part, les peuplements doivent répondre à plusieurs critères pour être admissibles à la protection. À ce titre, les peuplements admissibles sont non matures, à dominance d’essences vulnérables (sapin épinette blanche et épinette de Norvège) et ont une superficie supérieure à 4 hectares. Aussi, en plus d’être affectés par la TBE, ils doivent avoir fait l’objet d’investissement sylvicole (principalement de l’éclaircie précommerciale ou commerciale ou encore d’origine de plantation) et être situés chez des propriétaires détenant un certificat de producteur forestier. Si des superficies de ce type se trouvent sur vos boisés et que vous n’avez pas encore signé le protocole d’entente de la SOPFIM concernant l’accès à la protection par pulvérisation, vous pouvez contacter votre Conseiller forestier à cet effet. Ce dernier est mandaté par la SOPFIM pour faire signer le protocole d’entente avec le propriétaire. Les protocoles signés d’ici la fin juin 2021 pourront donner accès aux pulvérisations du printemps 2022 dans la mesure où les critères d’admissibilité sont respectés et que la protection est jugée nécessaire. Étant donné les délais nécessaires à la planification des pulvérisations, les nouvelles ententes ne donnent pas accès aux pulvérisations du printemps 2021.


Conclusion


En terminant, concernant la récolte de vos peuplements affectés ou non par la TBE, nous vous suggérons fortement de vous référer à votre Conseiller forestier avant d’entreprendre des travaux de récolte sur votre propriété. D’après l’état de vos peuplements, votre Conseiller dispose d’un ensemble d’informations pour vous renseigner sur les choix à faire concernant les priorités de récolte sur votre propriété, ainsi que sur les diverses contraintes en lien avec les règlementations municipales.

Par ailleurs, nous poursuivons la collecte d’informations terrain sur les dommages occasionnés par la TBE dans les peuplements résineux non matures. Cela nous permet de constater l’évolution de la situation et d’ajuster, au besoin, les orientations en matière d’aménagement forestier et de récupération de bois sujets à perte.


Ces dernières années, la progression de l’épidémie de TBE et la volonté d’augmenter l’activité économique générée en forêt privée ont amené les partenaires régionaux à se concerter sur les actions permettant d’augmenter la récolte en forêt privée. Cette augmentation de la récolte amène une hausse des besoins de remise en production et, du même coup, des besoins budgétaires pour réaliser ces travaux. Le plan d’intervention TBE, mis à jour par l’Agence à l’hiver 2019, a permis d’étayer ces besoins et d’en informer l’ensemble des partenaires de la forêt privée du Bas-Saint-Laurent. Ceux-ci poursuivent leurs efforts et leurs représentations afin d’obtenir des fonds permettant de remettre en production davantage de superficies affectées par la TBE.


Par Martin Lepage, ing.f. Directeur des services forestiers à l’Agence régionale de mise en valeur des forêts privées du Bas-Saint-Laurent.

(photos: SOPFIM)

La Direction de la protection des forêts du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) effectue annuellement un relevé aérien des dommages causés par la tordeuse des bourgeons de l’épinette (TBE). Le relevé permet notamment d’évaluer l’étendue et l’intensité des dommages depuis le début de l’épidémie dans la région, en 2012. Le relevé permet aussi d’ajuster les stratégies d’aménagement et d’orienter les priorités de récolte des peuplements affectés.

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Progression des défoliations

Les superficies défoliées en 2019 en petite forêt privée ont légèrement diminué et elles demeurent sensiblement les mêmes par rapport à l’an dernier. Les superficies affectées s’élèvent à environ 337 800 hectares par rapport à 353 500 hectares en 2018.

Pour la petite forêt privée, le portrait est en amélioration puisque la majeure partie des défoliations sont légères. Les secteurs ayant connu une défoliation sévère ne représentent que 1% des surfaces affectées. Plus à l’est, en forêt publique et sur les grandes forêts privées de Dunière et du Faribault, les défoliations sont beaucoup plus sévères.

Progression des superficies (ha) affectées en petite forêt privée

Classe de défoliation

2012

2013

2014

2015

2016

2017

2018

2019

Légère

3 552

23 194

55 155

83 770 (25%)

200 291 (59%)

175 836 (45%)

117 948 (33%)

276 079 (82%)

Modérée

288

7 298

75 978

173 951 (52%)

98 477 (29%)

144 154 (37%)

144 154 (43%)

58 549 (17%)

Grave

6

403

33 369

73 782 (22%)

39 722 (12%)

70 470 (18%)

84 246 (24%)

3 163 (1%)

Total

3 846

30 895

164 502

331 502

338 490

390 460

353 468

337 792

Superficie forestière productive

712 001

712 001

712 001

712 001

712 001

712 001

712 001

712 001

Pour ceux qui désirent visionner la carte des défoliations observées, la SOPFIM diffuse l’information sur son site web à l’adresse suivante :

https://sopfimweb.sopfim.qc.ca/portail/apps/webappviewer/index.html?id=9bb7cff5c1c74441821f0f65d7af7681

D’autre part, on constate que le portrait de l’épidémie est complètement différent dans la moitié Ouest de la région par rapport à la moitié Est de la région. Le graphique suivant montre cette situation. Pour la partie Ouest (barres vertes dans le graphique), laquelle concerne les MRC de Kamouraska, Témiscouata, Rivière-du-Loup et des Basques, l’épidémie avait progressé rapidement en 2015 et avait augmenté plutôt légèrement en 2016 et en 2017. Depuis, les superficies défoliées ont diminué de moitié en 2018 et encore de moitié en 2019. Aussi, les défoliations constatées sont essentiellement légères. C’est donc dire que l’impact de l’épidémie dans ces secteurs est pour le moment généralement faible. Cette diminution de superficie affectée peut laisser penser que l’épidémie se résorbe dans cette portion de territoire. Cela n’est pas impossible, mais il est encore tôt pour conclure cela.

Pour la partie Est (barres grises dans le graphique), laquelle concerne les MRC de Rimouski-Neigette, Mitis, Matanie et Matapédia, l’épidémie a connu une progression très rapide entre 2012 et 2016 de sorte qu’une majeure partie de ce territoire a déjà fait l’objet de défoliations parfois sporadiques, mais souvent de façon répétée. Depuis 2015, c’est essentiellement les mêmes superficies qui sont affectées. Le niveau de défoliation annuelle a été variable dans le temps et dans l’espace. Cela fait en sorte que l’accumulation de dommages et l’état de santé des arbres le sont tout autant. Ainsi, une mortalité est observable depuis un certain temps dans les secteurs affectés sévèrement de façon récurrente, tandis que d’un ordre général, une majorité de peuplements n’est pas à risque à court terme (1-2 an) compte tenu de la variabilité dans la défoliation annuelle et particulièrement par le fait que les défoliations relevées en 2019 sont essentiellement légères ce qui laisse la chance aux arbres modérément affectés de reconstituer une partie de leur feuillage.

Comparaison des superficies défoliées entre l’Ouest et l’Est du Bas-Saint-Laurent

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Suivi des dommages causés par la TBE

Les superficies affectées par la TBE ont fait l’objet d’une analyse cartographique afin de dresser un portrait cumulatif des défoliations observées. On constate qu’environ 61% des superficies forestières (433 395 ha) ont déjà fait l’objet d’au moins une défoliation ce qui est à peine plus élevé par rapport à 2017 (429 114 ha). C’est donc dire qu’il n’y a pas vraiment de nouvelles surfaces affectées depuis les 2 dernières années.

L’accumulation de dommages est beaucoup moins grande cette année par rapport à l’an dernier puisque les défoliations ont été principalement légères. En conséquence, la superficie montrant des défoliations sévères sur plusieurs années n’a pratiquement pas progressé. Il n’en demeure pas moins qu’une importante surface (22 754 ha) est susceptible de présenter soit un début de mortalité ou une majorité d’arbres en situation de mortalité imminente (défoliation sévère sur 4 ans ou plus).

Par contre, les défoliations principalement légères observées cette année donnent, en quelque sorte, un répit aux arbres affectés. Ainsi, ceux ayant encore une bonne capacité de reprise ont même été en mesure de reconstituer une partie de leur feuillage. À l’opposé, les arbres en mortalité imminente n’ont pas cette capacité même si la présence de TBE est moindre.

Étant donné que le niveau de détail disponible par les relevés aériens demeure relativement grossier et afin de préciser la nature des surfaces détectées au relevé aérien pour mieux cibler les efforts de récolte ou de protection, nous avons analysé les surfaces affectées par la TBE en lien avec l’information des peuplements forestiers. La synthèse regroupe quatre catégories de peuplement :

  • Peuplement récolté ou situé en pente forte : Peuplements récoltés depuis 2005 ou peuplements très difficiles d’accès puisque situés en pente forte.
  • Résineux ou mixtes matures (50 ans et +) : Peuplements prêts pour la récolte avec un volume de résineux significatif.
  • Résineux et mixtes à résineux jeunes ou en régénération (10-30 ans) : Peuplements non matures constituant le potentiel futur de récolte en résineux.
  • Peuplements peu affectés (feuillus tout âge, mixtes à feuillus, cédrière) : Peuplements dont la composante résineuse de sapin ou épinette est considérée mineure.

Portrait cumulatif des défoliations observées selon le type de peuplement

Défoliations considérées

Superficie (ha)

Proportion par type de peuplement (%)

Peuplement récolté ou situé en pente forte

Résineux ou mixtes matures (50 ans +)

Résineux et mixtes à résineux jeunes ou en régénération (10-30 ans)

Peuplements peu affectés (feuillus tout âge, mixtes à feuillus, cédrière)

Défoliation sévère sur 5 ans ou plus

6 961

27%

32%

20%

22%

Défoliation sévère sur 4 ans ou plus

22 754

23%

31%

23%

23%

Défoliation sévère sur 3 ans ou plus

48 651

20%

31%

25%

24%

Défoliation sévère sur 2 ans ou plus

78 344

18%

31%

26%

25%

Au moins une défoliation depuis 2012

433 385

10%

31%

27%

33%

Sans défoliation

278 566

8%

20%

24%

49%

Superficie forestière totale

712 001

9%

26%

26%

39%


Peuplement récolt ou situé en pente forte

L’analyse indique que plus les dommages causés par la TBE sont sévères, plus la proportion de surfaces récoltées ou situées en pentes forte augmente.


Résineux ou mixtes matures (50 ans et +)

L’analyse indique qu’environ 31% des superficies affectées par la TBE correspondent à des peuplements matures ayant une proportion significative de résineux. Certains de ces peuplements sont déjà récoltés (très récemment) ou ciblés pour la récolte préventive. D’ailleurs, qu’ils soient actuellement affectés ou non par la TBE, les peuplements de cette catégorie devraient être davantage récoltés.


Résineux et mixtes à résineux jeunes ou en regénération (10-30 ans)

Les peuplements plus jeunes, résineux ou à dominance résineuse (d’origine de plantation ou naturelle), représentent 26 % de la forêt privée. Une partie de ces peuplements fait déjà, ou pourrait éventuellement faire, l’objet de protection par arrosage aérien. L’option de récolter un peuplement non mature ne doit survenir qu’en cas de mortalité imminente d’une bonne proportion des arbres. À cet effet, les Conseillers forestiers accrédités par l’Agence ont été informés, à l’automne 2017, des conditions justifiant la récolte d’un peuplement non mature. Cette orientation a pour but d’éviter les pertes de bois et aussi d’éviter de sacrifier le potentiel de récolte futur de la forêt privée. Elle s’appuie sur les risques de mortalité d’un peuplement à court et moyen terme en lien avec le niveau de dommages observés et la vigueur des arbres.

Pour le moment, le dispositif de suivi des dommages de la TBE établi par l’Agence en 2016 montre que les plantations sont moins affectées que les peuplements naturels. Nous constatons aussi que l’accumulation de dommages dans les peuplements jeunes est relativement faible, mis à part certains secteurs à dominance de sapin aux endroits où l’épidémie a été très sévère. Certains de ces secteurs affichent une proportion élevée de tiges en mortalité imminente ou étant déjà mortes.


Peuplements peu affectés (feuillus tout âge, mixtes à feuillus, cédrière)

Le reste des surfaces est composé de peuplements où la proportion de sapin-épinette est normalement très faible, donc moins vulnérables à la TBE. Il n’en demeure pas moins qu’une mortalité pourrait survenir pour les sapins et épinettes retrouvés dans ces peuplements. Ces peuplements sont moins présents dans les secteurs très affectés de l’est du territoire (+-24%), tandis qu’ils sont nettement plus présents (49%) dans l’ouest du territoire où la TBE est absente ou peu présente pour le moment.

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Conclusion

En terminant, concernant la récolte de vos peuplements affectés ou non par la TBE, nous vous suggérons fortement de vous référer à votre Conseiller forestier avant d’entreprendre des travaux de récolte sur votre propriété. D’après l’état de vos peuplements, votre Conseiller dispose d’un ensemble d’informations pour vous renseigner sur les choix à faire concernant les priorités de récolte sur votre propriété, ainsi que sur les diverses contraintes en lien avec les règlementations municipales.

Par ailleurs, ces dernières années, la progression de l’épidémie de TBE et la volonté d’augmenter l’activité économique générée en forêt privée ont amené les partenaires régionaux à se concerter sur les actions permettant d’augmenter la récolte en forêt privée. Cette démarche s’est réalisée à priori dans une conjoncture économique en amélioration, laquelle s’est stabilisée depuis, mais qui demeure somme toute fragile. Cette augmentation de la récolte amène une hausse des besoins de remise en production et, du même coup, des besoins budgétaires pour réaliser ces travaux. Le plan d’intervention TBE, mis à jour par l’Agence à l’hiver 2019, a permis d’étayer ces besoins et d’en informer l’ensemble des partenaires de la forêt privée du Bas-Saint-Laurent. Ceux-ci poursuivent leurs efforts et leurs représentations afin d’obtenir des fonds permettant de remettre en production davantage de superficies affectées par la TBE.


Par Martin Lepage, ing.f. Directeur des services forestiers à l’Agence régionale de mise en valeur des forêts privées du Bas-Saint-Laurent.