Tempête de vent du 23 décembre 2022

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Le 23 décembre dernier, une violente tempête a déferlé sur le Québec causant de nombreux dommages matériels à diverses infrastructures et, aussi, de façon marquée à la forêt. Vous avez probablement été témoin, d’une façon ou d’une autre, d’arbres déracinés ou cassés par les puissantes rafales survenues principalement au cours de la soirée et de la nuit du 23 au 24 décembre dernier.

Évaluation des dommages

Dans la région du Bas-Saint-Laurent, c’est autant les forêts privées que publiques qui sont affectées par le chablis découlant de cette tempête. Au cours des dernières semaines, les intervenants régionaux se sont concertés pour évaluer diverses options afin de dresser le portrait le plus juste de la situation. Étant donné l’ampleur du territoire touché, la variabilité du niveau de dommages et l’accessibilité au territoire qui est restreinte en période hivernale, un inventaire exhaustif au sol est difficilement envisageable. Pour le moment, l’option d’une analyse basée sur un comparatif d’imageries satellitaires constituerait une technique permettant de brosser un état de situation suffisamment juste et représentatif et avec un minimum de ressources. Cette méthodologie est actuellement en développement au Ministère des Ressources naturelles et des Forêts et permettrait d’estimer l’ampleur des dégâts dans la région. L’établissement de cette méthode repose sur une identification de peuplements affectés à divers niveaux (chablis partiel ou total) basée sur les changements constatés sur une série d’images satellites. Afin d’appuyer cette analyse, une cueillette d’information concernant des secteurs affectés en forêt privée est en cours depuis le début janvier. À cet effet, les Conseillers forestiers et les coordonnateurs terrain du SPFBSL continuent de recueillir les informations des propriétaires dont la forêt a été affectée. Ces informations consistent essentiellement à localiser les secteurs touchés et estimer le niveau de dommages.

Qu’est-ce qu’un chablis?

Le chablis est une perturbation naturelle de la forêt tout comme le sont les épidémies de tordeuse des bourgeons de l’épinette (TBE). Les chablis et les épidémies de TBE sont d’ailleurs les deux principales perturbations naturelles des forêts de la région. De façon générale, une majorité de peuplements forestiers seront affectés au cours de leur vie par des chablis de faible ampleur, car localisés ou n’affectant que quelques arbres souvent déjà affaiblis. Par contre, de façon plus sporadique, des chablis de plus grande ampleur surviennent lorsque des conditions de vents extrêmes se présentent. Cela a notamment été le cas à l’automne 2006 dans plusieurs municipalités au sud de Rimouski et à l’été 2014 lorsque l’ouragan Arthur avait affecté certaines portions de l’est de la région (Faribault) et de la Baie-des-Chaleurs. Le chablis causé par la tempête du 23 décembre en est un majeur puisque l’étendue des surfaces touchées est grande et que la proportion d’arbres affectés semble l’être aussi.

Quels secteurs sont les plus à risque d’avoir été affectés?

D’après les observations faites suite à la tempête, il semble que, d’ordre général, certains endroits sont plus affectés que d’autres. À cet égard, les versants d’orientations est / sud-est seraient plus affectés car les vents de la tempête provenaient de cette direction. D’ailleurs, on constate que l’orientation générale des arbres renversés au sol se dirige vers l’opposé soit vers l’ouest / nord-ouest. On constate aussi plusieurs secteurs affectés en bordure des champs où le vent était plus puissant de même que dans les peuplements exposés aux ouvertures crées par des récoltes récentes. Les peuplements de résineux ou à dominance de résineux (d’origine plantée ou naturelle) ayants eu une coupe partielle récente semblent aussi plus touchés par cette tempête. Aussi, d’ordre général, il est bien connu que le sapin baumier et le peuplier faux-tremble sont des essences possédant un faible enracinement, les rendant plus vulnérables à de tels épisodes de vents. Ou encore, c’est parfois la résistance mécanique de l’arbre qui est en cause comme pour le sapin lequel casse plus facilement après un certain âge en raison de la présence de carie au niveau du tronc.

En tant que propriétaire de boisé, je fais quoi?

Sachant que les volumes de bois affectés devront être récupérés dans des délais raisonnables pour ne pas être perdus, et que la récolte d’arbres renversés pose d’importants défis quant aux aspects opérationnels et de sécurité, la collaboration entre les divers intervenants et les propriétaires de boisés sera de mise. Dans un premier temps, faites une visite de votre boisé afin de constater l’état des lieux en priorisant la reconnaissance dans les secteurs correspondants aux critères mentionnés précédemment (en bordure d’ouverture, coupe partielle récente, pentes orientées à l’est et au sud). Si vous bénéficiez d’une possibilité d’accès en période hivernale tant mieux, sinon prévoyez-vous une visite suite à la fonte des neiges. Dans le cas où votre boisé aurait été affecté significativement, l’idéal sera d’établir avec un Conseiller forestier le plan de match pour identifier les secteurs affectés nécessitant une prescription de récupération partielle ou totale, et ce, en fonction notamment de la proportion d’arbres affectés, de la maturité des peuplements touchés, de l’état de santé des arbres demeurés debout et de la configuration des peuplements adjacents. Votre Conseiller sera en mesure de valider si une aide financière est admissible et de vous informer des diverses contraintes potentielles à la récolte.

La prudence avant tout

Que vous envisagiez récolter vous-même les arbres affectés ou que vous effectuez simplement une visite de reconnaissance, nous vous invitons à la plus grande des prudences. Analyser les lieux et suivez les recommandations concernant les méthodes à appliquer. La coupe des arbres et la récupération du bois dans un secteur d’arbres renversés par le vent, le verglas ou la neige présentent systématiquement des risques importants pour la sécurité des abatteurs manuels. Les arbres penchés ou entremêlés, petits et grands, subissent des pressions et des tensions qui, lorsque relâchées par un trait de scie, peuvent surprendre n’importe quel sylviculteur. Les souches peuvent également basculer brusquement lors de la coupe du tronc. Les propriétaires forestiers devraient faire appel à des travailleurs qualifiés pour réaliser les travaux de récolte ou, à tout le moins, s’assurer de suivre des formations en abattage sécuritaire.

Par Martin Lepage, ing.f., directeur des services forestiers à l’Agence régionale de mise en valeur des forêts privées du Bas-Saint-Laurent

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